Claire Morgan à Angers

Claire Morgan est une artiste dont j'admire et suis le travail.Plenty more Fish in the Sea

 

La ville d'Angers, sur une proposition d'Elodie Derval responsable de l'artothèque, lui a commandé une installation pour commémorer le cinquantenaire de la mort de Jean Lurçat.

L'oeuvre, installée dans la grande salle de l'Hopital Saint-Jean, dialogue avec la célèbre tapisserie de l'Apocalypse.

 

Plenty More Fish in the Sea est la première installation de Claire Morgan que je peux contempler en chair et en os. Je suis impatiente, et inquiète aussi, un peu. Je sais que l'épreuve de la confrontation physique peut avoir raison d'une œuvre, que les photographies sont parfois trompeuses (ce sont des images).

 

Sous les voûtes de la grande salle de l’Hôpital, on chuchote ; des éclat de voix me parviennent dont je ne discerne pas les mots, une cloche tinte au loin à un clocher de la ville.

L’œuvre est délicate et complexe. Fascinante.

Peu d'éléments différents finalement la composent.

Mais titanesque travail d'équilibre et de suspension.

Voilà. L'exercice de légèreté est un travail de titan. Auquel l'artiste s'attelle, patiemment. Minutieusement. Consciencieusement. Avec entêtement. Comme seule une femme peut le faire, aurais-je envie d'ajouter...

 

Une trame de soie translucide matérialise un solide. Des fragments de sacs plastiques déchirés (les stigmates de la manipulation sont visibles dans la forme irrégulière et la transparence par étirement) s'enfilent le long de la trame. Gris noir, noir plus ou moins, trame mortifère... quelques touches vives colorées par endroit.

 

Claire Morgan connaît l'art de la taxidermie. Elle utilise cette technique dans ses installations.

Ainsi vient-elle interrompre le processus de pourrissement naturel des corps voués à une lente disparition. La mort, quelque part suspendue, est sublimée. Elle se donne à voir, dans l'immobilité des corps suspendus ; rejoignant ainsi toute une tradition à la croisée de l'art et du rituel – processus de momifications dans l’Égypte antique, reliques, rituels chamaniques - Le lieu (l’Hôpital et son cloître) renforce ici encore le processus, lui offrant un cadre grandiose.

 

Des animaux (bécasse, rat, canard, renard), semblent suspendus gracieusement dans un processus de chute. Aucune attitude souffrante ; l'artiste parle d'une noyade. Il s'enfoncent dans une sorte de sommeil éternel, d'arrêt sur image-corps lourds.

plentymorefishinthesea detail 2 bdLa suspension de l’œuvre, regard haut, au dessus de l'horizon du regard, met le spectateur en état de recevoir cette chute. Les éclats de plastique jouent comme les poussières dans un rai de lumière, balisant l'espace. Pour autant, il ne s'agit pas d'évoquer l'air mais l'eau, phénomène qui se joue dans un surplus d'apesanteur, de densité, d'immobilité.

Claire Morgan nous offre une œuvre poétique et grave. Plenty more Fish in the Sea, nous rappelle qu'il serait bon de réfléchir à la pérennité et à la sauvegarde de notre monde.

 

A l'artothèque, où j'ai été adorablement reçue, vous pourrez encore découvrir des dessins de Claire Morgan (schémas d'installation mais aussi dessins en marge des œuvres portant les traces des opérations de taxidermie, jus et sucs corporels servant la peinture).

 

 

Claire Morgan à Angers jusqu'au 22 janvier 2017.

Anselm Kiefer à Beaubourg

J'aime souhaiter la bonne année avec des résolutions inspirées. A ce titre, 2016 se présente comme un très bon cru. L'année a commencé avec deux expositions consacrées au grand artiste d'origine Allemande Anselm Kiefer, désormais installé à Paris, après avoir établi un temps son atelier dans le sud de la France. Je n'ai pas vu la première qui avait lieu à la BNF, présentant son imposante production de livres. En revanche, je viens de voir la rétrospective qui lui est consacrée au Centre Pompidou.

 

Je prévois aussi une promenade à Toulouse pour une rétrospective Tapies aux Abattoirs. Et enfin, on nous promet une double exposition Miquel Barceló « Sol y sombra » à la BNF (du 22 mars au 28 août) pour les œuvres gravées et au Musée Picasso pour les peintures et céramiques (du 22 mars au 31 juillet). Je me régale par avance.

 

Je précise que les images qui illustrent cet article ont été prises par ma fille et moi-même lors de notre visite... Nous devons à Margot, la vue du crocodile de face qui l'a beaucoup impressionnée...

 

En préambule, le récit de ma rencontre avec l’œuvre de Kiefer. Cela se passait justement à la librairie du Centre Pompidou, où je feuilletais par hasard, une volumineuse monographie de l'artiste, alors inconnu de moi.

 

Frappée... voilà ce que je fus. Et troublée aussi. L'une des fonction de l'art est de nous sortir de nous-même, c'est exactement ce qui s'est joué ce jour-là. J'avais entre les mains un grand catalogue, pesant et onéreux, d'un artiste dont j'ignorais tout mais dont je pressentais qu'il pouvait changer des choses, et gênée aussi, ne sachant pas ce que je voyais, pressentant que la rencontre pouvait être capitale mais me demandant aussi quels liens cette peinture entretenait avec l'Histoire de l'Allemagne. Le poids du livre semblait faire écho au poids du propos ; le prix du livre, conséquent pour l'étudiante que j'étais, ajoutant encore au doute.

 

Je n'ai jamais regretté cet achat. Et même j'ai pensé être venue clore un cycle en revenant lundi au Centre Pompidou.

 

ANSELM KIEFER

16 DECEMBRE 2015 – 18 AVRIL 2015
Centre
Pompidou

 

Balbutiement de sa peinture à partir des années 70, déjà des paysages.
Resumptio 1974

 

 

La palette comme motif, et tu ne peux pas faire comme si l'image du crucifix n'avait aucune importance pour toi... Resumption 1974

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Une toile plus loin, apparaît l'image d'un feu de bois, figure très simple et primitive, difficile à peindre dans sa simplicité et reprise dans nombreuses toiles de ces années-là, et notamment des formats monumentaux, qui décrivent des intérieurs de baraquement en bois et qui m'évoquent irrémédiablement les unités de fortune des camps de concentration... Feu et serpent sont les deux éléments angoissants et symboliques qui peuplent ces espaces clos.

 

« La valeur des ruines » dessine des architectures néo-classiques, symboles du pouvoir hitlérien, détruits par les bombardements alliés. On se retrouve asphyxiés par ces espaces, qui racontent d'autres enfermements, desquels on se sent plus ou moins proches, plus ou moins prisonniers...  

 

La pièce suivante est consacrée à des vitrines, confectionnées spécialement pour l'exposition. J'en fais l'inventaire : socles rouillés, acier bleuté évoquant « plomb » cher à l'artiste, chaussure maculée de plâtre, déchets de terre argileuse mêlée à « éclats » de peinture, bris de céramique blanche, rouille, photos, végétaux, veille balance symbolique, grand compas, briques, pellicules ruinées, asperges dressées (surprenant comme elles miment « animal »), manteau, machine à écrire sous une couche minérale blanche (je pense « silice »), métal rouillé jusqu'à la moelle (nécessite temps et froide humidité), ancienne machine à coudre, œufs vidés de leur substance, vieux outils agricoles, verres et ampoules (déformés par forte chaleur), grands épis de céréales. Fin. Dresser l'inventaire de ces matériaux m'aide à garder la tête froide. Je me demande ce que mes filles en perçoivent...

 

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Premiers grand tournesols fortement encroûtés. Bien plus hauts qu'une homme.

 

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Lande improbable, rouille dans le blanc, bleu gris (comme plomb), sur la lande rouillée des noirs, des bois... La matière a souffert, elle se craquelle de partout. Quelques traces de mauvais vernis, brillant par endroit, noir de fumée, bois brûlé.

Et du fond de la nuit jaillit un grand verbe écrit à main levée à la craie, sur, contre, dans et à travers la matière, la déchirant par endroit pour graver coûte que coûte ce qui doit être énoncé.

Peinture du jaillissement.  

 

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Noirs pour la poésie de Ceylan contrastant avec les couleurs des tableaux rendant hommage à Rimbaud ou Baudelaire. La régénérescence liée à la thématique florale. Couches picturales colorées où je me noierais volontiers. Le dormeur du Val...

 

Le dormeur du Val kiefer9

Anselm Kiefer au Centre Pompidou jusqu'au 18 avril 2016

https://www.centrepompidou.fr/cpv/resource/c6XxqAX/rgXxaGa

 

Tàpies : Parla, parla, aux Abattoirs, Toulouse, jusqu'au 22 mai 2016

http://www.lesabattoirs.org/expositions/tapies-parla-parla

 

Abécédaire

Béatrice Angebert me montrait hier un petit abécédaire qui m'a donné des idées. 

https://www.facebook.com/photo.php?fbid=1236062519743483&set=pcb.1236064269743308&type=3&theater

Allez, sans réfléchir...

A arbre

B balançoire

C cul

D devines

E éphémère

F fée

G gravité

H héliotrope

I idée

J jeu

K khöl

L lit

M mer

N nuée

O onde

P pied

Q qualité

R raison

S serpent

T texte

U unité

V volatile

W whisky

X Xaintrie

Y yeux

Z zoologie

L'atelier, contemporain?

Jeremy Liron relaye ce matin sur sa page Facebook, le texte d’une conférence donnée au printemps dernier par Atelier de Miguel BarceloFrançoise Bonardel et intitulée « Retour à l’atelier ». La lecture de ce texte est l’occasion de s’interroger sur ses propres pratiques et de se rendre compte de ce que représente ce lieu si particulier.

Françoise Bonardel avance prudemment. Comme si, l’atelier de l’artiste n’était pas un sujet contemporain, mais plutôt une image surannée ou le lieu d’un vieux fantasme. En effet, en même temps que la post-modernité coupait les ponts avec la tradition picturale, elle jetait avec l’eau du bain, la peinture, l’atelier du peintre et les lieux muséaux. L’avant-garde signe donc « son acte de naissance par une sortie fracassante de l’atelier ». Dans ce même temps, le travail IN SITU se développe, et les programmes de résidences se multiplient offrant aux artistes des conditions nouvelles de production et d’expérimentation. Egalement, les loyers dans la plupart des grandes villes rendent utopiques la possibilité de disposer d’un atelier. Pour des raisons économiques, on voit donc se développer des ateliers communautaires, nomades ou intermittents au gré des ressources et des possibilités rencontrées.

Si j’en viens à ma propre expérience et à mes choix de vie, localisée en province, je dispose d’un vaste atelier. Mais exerçant une autre profession par ailleurs, je ne l’occupe pas à plein temps. Ce qui me fait dire que ma pratique est un subtil équilibre entre l’au-dehors et le dedans. Mouvement que Léa Bismuth (1) a pu décrire en parlant d’un lieu central et protecteur à partir duquel on s’élance et vers lequel on revient.

Nous sommes aujourd’hui les héritiers de la rupture initiale d’avec la tradition. S’il est désormais possible de réinvestir ouvertement l’atelier, il nous faut en revanche le penser différemment (mais il en va de même de la peinture), le réinventer de manière plus libre et décomplexée et en s’autorisant des pratiques connexes : des mouvements, des voyages, des délocalisations, des absences... Mais c’est un lieu-cocon qui reste incontournable à mes yeux pour ce que la pratique artistique est d’abord introspective. Et parce qu’il est nécessaire à certains moments du cheminement que les processus créatifs aient lieu à l’abri des regards. Car œuvrer sous-entend de nombreuses tentatives qui n’aboutissent à rien, des retours en arrière, des stagnations, des renoncements… Et que, pour la propre quiétude du spectateur, il n’est pas judicieux de montrer ces balbutiements. Françoise Bonardel parle bien de ces «projets dont certains seulement parviendront à maturité dans un temps qui n’est plus celui des horloges. »

J’ajoute que personnellement, je ne peux renoncer à ce lieu magique, siège pour moi de la vocation par excellence, où les matériaux, les objets, les gestes se muent en des formes nouvelles qui m’éclairent. Françoise Bonardel précise que l’on peut donner le « nom d’atelier à tout espace réel ou imaginaire, dans lequel un être humain qu’il soit artiste ou non, découvre qu’il ne peut éluder l’existence d’une antériorité par rapport à laquelle il va lui falloir se situer sous peine de perdre son identité, ou de ne jamais découvrir celle qui pourrait devenir sienne. »

« On le porte en soi, où que l’on aille. »

(1) Léa Bismuth – Carte blanche pour un texte – Inauguration du Centre d’art la Traverse à Alfortville.  

Ballade parisienne

RER B - Station les Halles. Le forum est en travaux. Cela fait longtemps que je ne suis pas venue là.  C’est comme connaître sans connaître. Sous quelques gouttes de pluie.

chiharusmallroomArrivée Galerie Templon, 30 rue de Beaubourg, au fond d’une cour. Il faut une petite dose de courage pour pousser la porte cochère, mais ensuite la porte de la galerie est laissée grande ouverte.

Chiharu Shiota jusqu’au 25 juillet. La première pièce de l’exposition est un piano. J’y vois un clin d’œil heureux. Puis je pénètre la pièce dédiée à l’installation Small Room qui a donné son titre à l’exposition. Pluie de valises, comme une marée, un déferlement. Je m’assieds sur un banc ; quand je suis arrivée deux valises hoquetaient l’une contre l’autre, brinquebalantes. Le mouvement et le bruit généré ont mis un moment à s’arrêter. J’ai en perspective dans l’autre salle un kimono bleu. Puis le mouvement des valises a repris. Ce n’était donc pas un jeu de hasard et de vent. Bruit de valises en carton donc.

L’exposition compte encore des pièces abstraites que je contemple pour la première fois. J’ignorais cet aspect du travail de l’artiste. Je reste enfin longuement arrêtée devant Miroirs dans la toile, deux disques ronds qui me renvoient l’image de ma main tenant le carnet bleu nuit, l’autre écrivant. Je suis en admiration devant cette image de moi incluse dans l’œuvre. Mon écriture prise au piège.

Il y a toujours dans le fait de visiter une exposition dans une galerie, l’idée d’une solitude exceptionnelle.

Les géraniums dans la cour me ramènent à quelque chose de beaucoup plus simple.

Galerie Laurent Godin, 5 rue du Grenier St Lazare, à deux pas.traquandi

Mes talons résonnent sur le parquet sans que je ne cherche à en étouffer le son.

Des groupes de dessins de Gérard Traquandi forment mur. Des fleurs, des études de tableaux (vierges, descente de croix, groupe de personnages…), des planches anatomiques, des feuilles évoluant vers buisson, et puis des choses beaucoup plus libres pétales de fleurs à main levée au bic cristal ou pigments noirs à l’huile sur papier arches faisant tache.  

Cet accrochage, fait de multiples cadres, forme un étalement dithyrambe que l’on contemple tout autour de soi et qui finit dans un vertige.

Je repars avec un très beau livre serré contre mon cœur. 

Atelier

bourgAprès Vanessa Fanuele qui a fait confectionner des boites, et Sylvie Kaptur Gintz qui a proposé un atelier broderie, me voilà à Bourg-en-Bresse, au Centre d'art H2M pour animer, dans le cadre de l'exposition Au-delà de mes rêves, un atelier d'art contemporain.

J'accueille une vingtaine de participants, exclusivement des femmes. 

Pour elles, j'ai conçu une proposition intitulée "Image réelle - Image rêvée", l'artiste étant supposé ne produire que des images rêvées. 

Présentation, tour de table, moi y compris. 

Je leur propose de partir de l'étude d'un objet réel et de choisir cet objet parmi ceux qui les accompagne : vêtement, chaussure, bijou, sac à main... Le rapport au corps m'intéresse et aussi le lien personnel et intime qui les lie à l'objet. C'est une forme d'autoportrait, dis-je pour me faire comprendre. J'espère que ce rapport personnel qu'elles entretiennent avec l'objet dessiné va les aider à passer au delà de la représentation mimétique, à investir l'image, s'y projeter, la digérer, la régurgiter... 

Ambiance studieuse...

Je me rends compte que je leur ai proposé un exercice difficile. Le réel leur colle à la peau. 

On passe en couleur : encres, aquarelle, pastels gras, pastels secs; ce qui devrait être plus plaisant et donc plus aisé pour elles. Il y a des boites d'aquarelle et des pastels tout neufs. Ces boites sont appétissantes comme des macarons dans la vitrine d'un patissier. Mais je leur signale que c'est parfois avec des outils usés et tâchés, et sous la contrainte, que l'on parvient à produire quelque chose de valable, parce qu'on est moins impressionné par les outils ou l'espace immaculé de la page ou de l'atelier. Il y a aussi des morceaux de tissus, des plumes et du fil à disposition. Je n'ai pas voulu amener ce genre de matériaux qui peuplent pourtant mon atelier, car ce répertoire de matières doit être personnel et se constituer au fil du temps et des errances. Je ne veux pas non plus qu'elles cèdent à la facilité d'un effet décoratif. 

Fuir l'attrait des jolies choses. 

Mais je laisse faire, je favorise la découverte et le plaisir de faire. 

J'essaye de glisser dans les interstices, aux unes et aux autres, des idées fondamentales : la nécessité d'une pratique régulière, d'un travail de recherche, d'un chemin à parcourir pour "devenir ce que l'on est", de ne jamais se reposer dans le confort de ce que l'on sait faire... 

Des oeuvres commencent à voir le jour. Je donne cette fois des conseils plus personnels à chacune selon ce que je vois émerger sur le papier : retrouver la liberté que je vois sur la palette mais pas sur le dessin, monter le dessin comme un tout et non comme une suite de territoires, ne pas se laisser enfermer par les lignes du tracé initial (je suis toujours étonnée de cette facilité des élèves à se laisser borner), gagner en subtilité dans le mélange des couleurs.

Les deux heures de l'atelier sont déjà passées.

Plagiant Gide dans les dernières pages des Nourritures Terrestres, j'ai envie de les enjoindre à sortir suivre leur propre route, ouvrir grands leurs yeux, et ne pas avoir peur d'oser... Voilà ce que je voudrais que cette rencontre ai provoqué comme besoin et comme envie. 

Decorum

Dimanche, je profitai de mon passage à Paris pour visiter l'exposition Decorum au Palais de Tokyo dont c'était le dernier jour. Decorum

Elle m'importait cette exposition... car je songe sérieusement utiliser ce type de matériaux et ne venait surtout pas là par hasard.

Je vous livre en vrac des images et des réflexions qui me sont venues. 

Il y a d'abord cette possibilité : peindre le tapis. Ce n'est pas ce que j'ai en tête.

Plus loin un drôle de trompe l'oeil : un tapis représentant une peau de tigre comme une sorte de mise en abîme. Trait d'humour.

Je guette les accumulations, les assemblages, les superpositions, les juxtapositions, les recouvrements et surveillent comment les pièces peuvent jouer les unes par rapport aux autres. 

Tapis de laine, poils plus ou moins longs, l'animal n'est pas loin. Le rôle protecteur et doux du tapis me renvoie aux habitats les plus précaires, où il assume un vrai rôle de réchauffer l'espace et de l'isoler du froid du dehors. Décorer, c'est autre chose, un rôle secondaire.

Rapport au paysage chez Piero Gilardi qui réinvente une forme de nature avec son tapis-galet en mousse de polyuréthane. Cette direction me tente également non pas pour réinventer une forme de nature mais pour évoquer notre rapport naturel et primitif au monde. 

De multiples tapis anonymes jalonnent aussi l'exposition. On les doit non pas à des artistes de renom mais à des artisants de par le monde, pratiquant le tissage de manière ancestrale et traditionnelle. Je suis tentée de lier mon travail à ces pratiques qui se confondent avec les commencements de notre humanité. 

Caroline Achaintre, Moustache-Eagle

Joan Miro, Sobretelxim XVI, 1973

 

Helen Frances Gregor, Totem n°5, 1976

Michael Beutler, métier à tisser conçu par l'artiste

Anonymes, superposition

 

 

Decorum - Tapis et tapisseries d'artistes

Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris - du 11 octobre 2013 au 9 février 2014

 

 

 

 

 

 

Traversée des propositions offertes par la sélection Jeune Création 2013

lecture subjective

Lieux de travail : domicile, atelier, écran, pérégrinations-carnets (Florian Cochet), table, lieux vides, bibliothèque, studio, chantier, nature, environnements.

Nuage de mots : paysage-refuge (Allison Blumenthal), expérimentation technique extrême (Tarik Hayward), réel remanufacturé (Eric East), peinture-peinture (Claire Colin), le bâti peint-représentation réaliste (Katrin Heichel), magique quotidien, extraction géographique-paysage (Han Ji Hee), pratique contextuelle, bascule  entre l’image, l’espace et les mots ( Lei Saito), la peinture en supports multiples et protéiformes ( Julien Saudubray), objets trouvés-transformés-installés (Anna Tomaszewski), habitat, pratique vernaculaire

Eric East - Isla esmeralda 2006

Eric East

Rémy Brière - Etats d'âme, 2012, feuille de papier A4 80g, plume de paon, 109 x 37 cm

Rémy Brière

Anna Tomaszewska - Série "Ensembles d'accords", 2013, terre chamotée non cuite, bois, miroirs

Anna Tomaszewska

Claire Colin - Peintures atelier

Claire Colin

Florian Cochet - Profusion du soir, 2013, récipients (terre, étain, cuivre), huile d'olive, vin, eau, lait, tissu, dimension variable

Florian Cochet

Ji Hee Han, Temporary wind

Ji Hee Han

Lei Saito - Caravane cinema 2007, papier, boîte en bois, canapé, carton, assiettes, chaises, 350 x 150 x 200 cm

Lei Saito

 

 

Vernissage à Bourg en Bresse

Sous les Jupes de la future mère, Robe de mariée, tulle, peinture à l'huile, corde, plombs et plumes, dimensions variables, 2013De Bourg en Bresse, où s’est déroulé vendredi soir dernier, le vernissage de l’exposition Au-delà de mes rêves, je vous ramène quelques images et impressions… L’exposition se tient en deux lieux de la ville : le centre d’art H2M et l’Abbaye royale de Brou. Pour ma part, j’étais attendue au H2M en fin d’après-midi pour parfaire l’accrochage de Sous les jupes de la future mère. De la ficelle de lin, quelques nœuds et un ordonnancement plus juste des plombs au sol… les premiers visiteurs arrivaient. Nombreux en réalité...

Mon œuvre se trouvait merveilleusement bien entourée ; par une suite de photographies appartenant à la série des Dormeurs de Sophie Calle, parmi lesquelles celles de Fabrice Luchini, quinzième dormeur invité à venir occuper le lit de l’artiste ; par un néon de Claude Lévèque nous enjoignant de rêver ; par une robe arachnéenne de Chiharu Shiota ; par trois minuscules oreillers en organdi, d’une fragile et improbable présence de Rei Nato, par des aquarelles délicates de Katia Bourdarel, par une boite mystérieuse et féminine de Vanessa Fanuele, par une envolée organique d’oreillers proposée par Sylvie Kaptur Gintz…

Claude Lévèque, Rêvez! Chiharu Shiota, State of Being #30 Katia Bourdarel, De l'autre côté Vanessa Fanuele, Opus

Dans le cadre grandiose de l’abbaye de Brou, l’exposition se poursuit dans un autre cadre, marqué par l’histoire et l’architecture du lieu. La visite nocturne n’avait que plus de charme. Dans La nef de l’église, les ailes de l’ange de feu créé in situ par Shigeko Hirakawa trouvaient leur équilibre sous les voutes de l’édifice, dorées par les éclairages. Dans la salle du réfectoire, une maquette des fleurs vénéneuses de Yayoi Kusama ; l’embarcation lyrique et fantomatique de Clémentine de Chabaneix reposant sur un lit de feuilles mortes ; deux caissons lumineux, œuvres subtiles et délicates de Jamila Lamrani que j’avais déjà admirées à Boulogne ; une installation vidéo de Laurent Pernot qui se trouvait fort bien mise en valeur ; les sculptures textiles de Mai Tabakian, formes ludiques et hallucinantes entre la fleur et le champignon. L’installation de dessins et de plumes de Sandra Krasker bénéficiait également d’un nouveau support tout en rondeur immaculée, et jouxtait la corbeille d’Emmanuel Régent, installation titrée Mes plans sur la comète à prendre au second degré, comme la personnalité pleine d’humour de l’artiste.

Shigeko Hirakawa, L'Ange de feu Yayoi Kusama, Les tulipes de Shangri-La Jamila Lamrani, Entre deux rêves Laurent Pernot, la Fenêtre Mai Tabakian, Garden sweet garden

Au fil des conversations et des rencontres, j’eus la chance de pouvoir mieux apprécier le travail photographique étonnant de Jean-Antoine Raveyre, que je vous invite à découvrir sur le site de la Galerie Bernard Ceysson. Tout autant que les images, ce sont les constructions qui y mènent qui forcent le respect. Un travail au long cours, nourri de références à la peinture et à la littérature.

http://www.bernardceysson.com/galerie-lux-artiste-jean-antoine-raveyre.html

Quelques heures plus tard, nous sortions d’un bar du centre ville, où la plupart des artistes s’étaient rejoints après le repas. Une belle soirée. Et une très belle exposition à laquelle je suis plus qu’honorée d’avoir pu prendre part !

Tapies au Palais Fortuny

En marge de la biennale, merveilleuse exposition Tapiès au Palazzo Fortuny, titré Lo sguardo dell’artista (Le regard de l’artiste).

Avoir la chance de pénétrer un palais vénitien de cette qualité est un moment rare, y contempler l’œuvre d’Antoni Tapies ajoute à l’intensité de ce moment suspendu dans le temps.

Murs de brique et paroi ocre verte au rez-de-chaussée, étage où l’eau est omniprésente. Tentures, tapis, brocards au premier étage, fresques et enduits anciens ; sous la charpente niche la librairie.

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Un bel ensemble d’œuvres de l’artiste catalan ont été réunies pour l’occasion. Le vocabulaire de l’artiste trouve à s’exprimer dans les larges espaces du palais : la brutalité des matériaux, l’intransigeance des signes, la puissance des assemblages qui confèrent aux objets usuels convoqués sur la toile (clous, crins, écuelle, cagette, draps…) une valeur sacrée.

Je vous parlerai de ma toile préférée : un sphinx, figure que je rencontre chez Tapiès pour la première fois. On reconnait la posture de l’animal mythique, l’encolure large et puissante, la croupe ronde et les membres antérieurs griffus. La matière sableuse de la toile à cet endroit est très marquée. La tête est plus confuse, ressemblant presque à un paysage montagneux. On y devine un visage horizontal avec nez et oreille. Ailleurs le sable recouvrant la toile a été griffé, strié ou ratissé comme un jardin zen. J’aime ces allers-retours, ces références multiculturelles qui convoquent différentes cultures, religions, croyances et philosophies, et tentent de démontrer l’universalité de la nature humaine.

Des œuvres d’autres artistes croisent le travail de Tapiès : Montherwell, Rothko, Arnulf Reiner, des pièces d’art primitif ainsi que des productions de jeunes artistes.

Après le rythme effréné de notre visite à la Biennale, ce bel hommage rendu au maître catalan, présenté avec élégance dans un lieu d’exception parachève ce week-end artistique de manière sublime.

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