Atelier

bourgAprès Vanessa Fanuele qui a fait confectionner des boites, et Sylvie Kaptur Gintz qui a proposé un atelier broderie, me voilà à Bourg-en-Bresse, au Centre d'art H2M pour animer, dans le cadre de l'exposition Au-delà de mes rêves, un atelier d'art contemporain.

J'accueille une vingtaine de participants, exclusivement des femmes. 

Pour elles, j'ai conçu une proposition intitulée "Image réelle - Image rêvée", l'artiste étant supposé ne produire que des images rêvées. 

Présentation, tour de table, moi y compris. 

Je leur propose de partir de l'étude d'un objet réel et de choisir cet objet parmi ceux qui les accompagne : vêtement, chaussure, bijou, sac à main... Le rapport au corps m'intéresse et aussi le lien personnel et intime qui les lie à l'objet. C'est une forme d'autoportrait, dis-je pour me faire comprendre. J'espère que ce rapport personnel qu'elles entretiennent avec l'objet dessiné va les aider à passer au delà de la représentation mimétique, à investir l'image, s'y projeter, la digérer, la régurgiter... 

Ambiance studieuse...

Je me rends compte que je leur ai proposé un exercice difficile. Le réel leur colle à la peau. 

On passe en couleur : encres, aquarelle, pastels gras, pastels secs; ce qui devrait être plus plaisant et donc plus aisé pour elles. Il y a des boites d'aquarelle et des pastels tout neufs. Ces boites sont appétissantes comme des macarons dans la vitrine d'un patissier. Mais je leur signale que c'est parfois avec des outils usés et tâchés, et sous la contrainte, que l'on parvient à produire quelque chose de valable, parce qu'on est moins impressionné par les outils ou l'espace immaculé de la page ou de l'atelier. Il y a aussi des morceaux de tissus, des plumes et du fil à disposition. Je n'ai pas voulu amener ce genre de matériaux qui peuplent pourtant mon atelier, car ce répertoire de matières doit être personnel et se constituer au fil du temps et des errances. Je ne veux pas non plus qu'elles cèdent à la facilité d'un effet décoratif. 

Fuir l'attrait des jolies choses. 

Mais je laisse faire, je favorise la découverte et le plaisir de faire. 

J'essaye de glisser dans les interstices, aux unes et aux autres, des idées fondamentales : la nécessité d'une pratique régulière, d'un travail de recherche, d'un chemin à parcourir pour "devenir ce que l'on est", de ne jamais se reposer dans le confort de ce que l'on sait faire... 

Des oeuvres commencent à voir le jour. Je donne cette fois des conseils plus personnels à chacune selon ce que je vois émerger sur le papier : retrouver la liberté que je vois sur la palette mais pas sur le dessin, monter le dessin comme un tout et non comme une suite de territoires, ne pas se laisser enfermer par les lignes du tracé initial (je suis toujours étonnée de cette facilité des élèves à se laisser borner), gagner en subtilité dans le mélange des couleurs.

Les deux heures de l'atelier sont déjà passées.

Plagiant Gide dans les dernières pages des Nourritures Terrestres, j'ai envie de les enjoindre à sortir suivre leur propre route, ouvrir grands leurs yeux, et ne pas avoir peur d'oser... Voilà ce que je voudrais que cette rencontre ai provoqué comme besoin et comme envie. 

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