L'atelier, contemporain?

Jeremy Liron relaye ce matin sur sa page Facebook, le texte d’une conférence donnée au printemps dernier par Atelier de Miguel BarceloFrançoise Bonardel et intitulée « Retour à l’atelier ». La lecture de ce texte est l’occasion de s’interroger sur ses propres pratiques et de se rendre compte de ce que représente ce lieu si particulier.

Françoise Bonardel avance prudemment. Comme si, l’atelier de l’artiste n’était pas un sujet contemporain, mais plutôt une image surannée ou le lieu d’un vieux fantasme. En effet, en même temps que la post-modernité coupait les ponts avec la tradition picturale, elle jetait avec l’eau du bain, la peinture, l’atelier du peintre et les lieux muséaux. L’avant-garde signe donc « son acte de naissance par une sortie fracassante de l’atelier ». Dans ce même temps, le travail IN SITU se développe, et les programmes de résidences se multiplient offrant aux artistes des conditions nouvelles de production et d’expérimentation. Egalement, les loyers dans la plupart des grandes villes rendent utopiques la possibilité de disposer d’un atelier. Pour des raisons économiques, on voit donc se développer des ateliers communautaires, nomades ou intermittents au gré des ressources et des possibilités rencontrées.

Si j’en viens à ma propre expérience et à mes choix de vie, localisée en province, je dispose d’un vaste atelier. Mais exerçant une autre profession par ailleurs, je ne l’occupe pas à plein temps. Ce qui me fait dire que ma pratique est un subtil équilibre entre l’au-dehors et le dedans. Mouvement que Léa Bismuth (1) a pu décrire en parlant d’un lieu central et protecteur à partir duquel on s’élance et vers lequel on revient.

Nous sommes aujourd’hui les héritiers de la rupture initiale d’avec la tradition. S’il est désormais possible de réinvestir ouvertement l’atelier, il nous faut en revanche le penser différemment (mais il en va de même de la peinture), le réinventer de manière plus libre et décomplexée et en s’autorisant des pratiques connexes : des mouvements, des voyages, des délocalisations, des absences... Mais c’est un lieu-cocon qui reste incontournable à mes yeux pour ce que la pratique artistique est d’abord introspective. Et parce qu’il est nécessaire à certains moments du cheminement que les processus créatifs aient lieu à l’abri des regards. Car œuvrer sous-entend de nombreuses tentatives qui n’aboutissent à rien, des retours en arrière, des stagnations, des renoncements… Et que, pour la propre quiétude du spectateur, il n’est pas judicieux de montrer ces balbutiements. Françoise Bonardel parle bien de ces «projets dont certains seulement parviendront à maturité dans un temps qui n’est plus celui des horloges. »

J’ajoute que personnellement, je ne peux renoncer à ce lieu magique, siège pour moi de la vocation par excellence, où les matériaux, les objets, les gestes se muent en des formes nouvelles qui m’éclairent. Françoise Bonardel précise que l’on peut donner le « nom d’atelier à tout espace réel ou imaginaire, dans lequel un être humain qu’il soit artiste ou non, découvre qu’il ne peut éluder l’existence d’une antériorité par rapport à laquelle il va lui falloir se situer sous peine de perdre son identité, ou de ne jamais découvrir celle qui pourrait devenir sienne. »

« On le porte en soi, où que l’on aille. »

(1) Léa Bismuth – Carte blanche pour un texte – Inauguration du Centre d’art la Traverse à Alfortville.  

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