Anselm Kiefer à Beaubourg

J'aime souhaiter la bonne année avec des résolutions inspirées. A ce titre, 2016 se présente comme un très bon cru. L'année a commencé avec deux expositions consacrées au grand artiste d'origine Allemande Anselm Kiefer, désormais installé à Paris, après avoir établi un temps son atelier dans le sud de la France. Je n'ai pas vu la première qui avait lieu à la BNF, présentant son imposante production de livres. En revanche, je viens de voir la rétrospective qui lui est consacrée au Centre Pompidou.

 

Je prévois aussi une promenade à Toulouse pour une rétrospective Tapies aux Abattoirs. Et enfin, on nous promet une double exposition Miquel Barceló « Sol y sombra » à la BNF (du 22 mars au 28 août) pour les œuvres gravées et au Musée Picasso pour les peintures et céramiques (du 22 mars au 31 juillet). Je me régale par avance.

 

Je précise que les images qui illustrent cet article ont été prises par ma fille et moi-même lors de notre visite... Nous devons à Margot, la vue du crocodile de face qui l'a beaucoup impressionnée...

 

En préambule, le récit de ma rencontre avec l’œuvre de Kiefer. Cela se passait justement à la librairie du Centre Pompidou, où je feuilletais par hasard, une volumineuse monographie de l'artiste, alors inconnu de moi.

 

Frappée... voilà ce que je fus. Et troublée aussi. L'une des fonction de l'art est de nous sortir de nous-même, c'est exactement ce qui s'est joué ce jour-là. J'avais entre les mains un grand catalogue, pesant et onéreux, d'un artiste dont j'ignorais tout mais dont je pressentais qu'il pouvait changer des choses, et gênée aussi, ne sachant pas ce que je voyais, pressentant que la rencontre pouvait être capitale mais me demandant aussi quels liens cette peinture entretenait avec l'Histoire de l'Allemagne. Le poids du livre semblait faire écho au poids du propos ; le prix du livre, conséquent pour l'étudiante que j'étais, ajoutant encore au doute.

 

Je n'ai jamais regretté cet achat. Et même j'ai pensé être venue clore un cycle en revenant lundi au Centre Pompidou.

 

ANSELM KIEFER

16 DECEMBRE 2015 – 18 AVRIL 2015
Centre
Pompidou

 

Balbutiement de sa peinture à partir des années 70, déjà des paysages.
Resumptio 1974

 

 

La palette comme motif, et tu ne peux pas faire comme si l'image du crucifix n'avait aucune importance pour toi... Resumption 1974

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Une toile plus loin, apparaît l'image d'un feu de bois, figure très simple et primitive, difficile à peindre dans sa simplicité et reprise dans nombreuses toiles de ces années-là, et notamment des formats monumentaux, qui décrivent des intérieurs de baraquement en bois et qui m'évoquent irrémédiablement les unités de fortune des camps de concentration... Feu et serpent sont les deux éléments angoissants et symboliques qui peuplent ces espaces clos.

 

« La valeur des ruines » dessine des architectures néo-classiques, symboles du pouvoir hitlérien, détruits par les bombardements alliés. On se retrouve asphyxiés par ces espaces, qui racontent d'autres enfermements, desquels on se sent plus ou moins proches, plus ou moins prisonniers...  

 

La pièce suivante est consacrée à des vitrines, confectionnées spécialement pour l'exposition. J'en fais l'inventaire : socles rouillés, acier bleuté évoquant « plomb » cher à l'artiste, chaussure maculée de plâtre, déchets de terre argileuse mêlée à « éclats » de peinture, bris de céramique blanche, rouille, photos, végétaux, veille balance symbolique, grand compas, briques, pellicules ruinées, asperges dressées (surprenant comme elles miment « animal »), manteau, machine à écrire sous une couche minérale blanche (je pense « silice »), métal rouillé jusqu'à la moelle (nécessite temps et froide humidité), ancienne machine à coudre, œufs vidés de leur substance, vieux outils agricoles, verres et ampoules (déformés par forte chaleur), grands épis de céréales. Fin. Dresser l'inventaire de ces matériaux m'aide à garder la tête froide. Je me demande ce que mes filles en perçoivent...

 

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Premiers grand tournesols fortement encroûtés. Bien plus hauts qu'une homme.

 

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Lande improbable, rouille dans le blanc, bleu gris (comme plomb), sur la lande rouillée des noirs, des bois... La matière a souffert, elle se craquelle de partout. Quelques traces de mauvais vernis, brillant par endroit, noir de fumée, bois brûlé.

Et du fond de la nuit jaillit un grand verbe écrit à main levée à la craie, sur, contre, dans et à travers la matière, la déchirant par endroit pour graver coûte que coûte ce qui doit être énoncé.

Peinture du jaillissement.  

 

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Noirs pour la poésie de Ceylan contrastant avec les couleurs des tableaux rendant hommage à Rimbaud ou Baudelaire. La régénérescence liée à la thématique florale. Couches picturales colorées où je me noierais volontiers. Le dormeur du Val...

 

Le dormeur du Val kiefer9

Anselm Kiefer au Centre Pompidou jusqu'au 18 avril 2016

https://www.centrepompidou.fr/cpv/resource/c6XxqAX/rgXxaGa

 

Tàpies : Parla, parla, aux Abattoirs, Toulouse, jusqu'au 22 mai 2016

http://www.lesabattoirs.org/expositions/tapies-parla-parla

 

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