Claire Morgan à Angers

Claire Morgan est une artiste dont j'admire et suis le travail.Plenty more Fish in the Sea

 

La ville d'Angers, sur une proposition d'Elodie Derval responsable de l'artothèque, lui a commandé une installation pour commémorer le cinquantenaire de la mort de Jean Lurçat.

L'oeuvre, installée dans la grande salle de l'Hopital Saint-Jean, dialogue avec la célèbre tapisserie de l'Apocalypse.

 

Plenty More Fish in the Sea est la première installation de Claire Morgan que je peux contempler en chair et en os. Je suis impatiente, et inquiète aussi, un peu. Je sais que l'épreuve de la confrontation physique peut avoir raison d'une œuvre, que les photographies sont parfois trompeuses (ce sont des images).

 

Sous les voûtes de la grande salle de l’Hôpital, on chuchote ; des éclat de voix me parviennent dont je ne discerne pas les mots, une cloche tinte au loin à un clocher de la ville.

L’œuvre est délicate et complexe. Fascinante.

Peu d'éléments différents finalement la composent.

Mais titanesque travail d'équilibre et de suspension.

Voilà. L'exercice de légèreté est un travail de titan. Auquel l'artiste s'attelle, patiemment. Minutieusement. Consciencieusement. Avec entêtement. Comme seule une femme peut le faire, aurais-je envie d'ajouter...

 

Une trame de soie translucide matérialise un solide. Des fragments de sacs plastiques déchirés (les stigmates de la manipulation sont visibles dans la forme irrégulière et la transparence par étirement) s'enfilent le long de la trame. Gris noir, noir plus ou moins, trame mortifère... quelques touches vives colorées par endroit.

 

Claire Morgan connaît l'art de la taxidermie. Elle utilise cette technique dans ses installations.

Ainsi vient-elle interrompre le processus de pourrissement naturel des corps voués à une lente disparition. La mort, quelque part suspendue, est sublimée. Elle se donne à voir, dans l'immobilité des corps suspendus ; rejoignant ainsi toute une tradition à la croisée de l'art et du rituel – processus de momifications dans l’Égypte antique, reliques, rituels chamaniques - Le lieu (l’Hôpital et son cloître) renforce ici encore le processus, lui offrant un cadre grandiose.

 

Des animaux (bécasse, rat, canard, renard), semblent suspendus gracieusement dans un processus de chute. Aucune attitude souffrante ; l'artiste parle d'une noyade. Il s'enfoncent dans une sorte de sommeil éternel, d'arrêt sur image-corps lourds.

plentymorefishinthesea detail 2 bdLa suspension de l’œuvre, regard haut, au dessus de l'horizon du regard, met le spectateur en état de recevoir cette chute. Les éclats de plastique jouent comme les poussières dans un rai de lumière, balisant l'espace. Pour autant, il ne s'agit pas d'évoquer l'air mais l'eau, phénomène qui se joue dans un surplus d'apesanteur, de densité, d'immobilité.

Claire Morgan nous offre une œuvre poétique et grave. Plenty more Fish in the Sea, nous rappelle qu'il serait bon de réfléchir à la pérennité et à la sauvegarde de notre monde.

 

A l'artothèque, où j'ai été adorablement reçue, vous pourrez encore découvrir des dessins de Claire Morgan (schémas d'installation mais aussi dessins en marge des œuvres portant les traces des opérations de taxidermie, jus et sucs corporels servant la peinture).

 

 

Claire Morgan à Angers jusqu'au 22 janvier 2017.

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