Art Basel 42.

A peine descendue du train qu’il y a déjà trop de choses à regarder. J’ai les yeux et la tête perdus. J’observe des accessoires surtout qui font les personnages : écharpes, sacs, chaussures, lunettes, carnets… C’est une science du détail : mocassins rouges cloutés à ma droite, sac en toile éculée sur un costume impeccable à ma gauche, ou encore bonnet de laine qui, si l’on était pas au café du Swiss Plaza, le ferait passer pour un clochard. Ici aussi tout le monde dessine, note, griffonne. En marge des dernières technologies Iphone, Ipad, le papier conserve une aura certaine. Ecrire semble être le must du dress code.

Jorinde Voigdt, Art unlimited, 308 Views.

art unlimited

La foire ouvre à 11h. En attendant, nous prenons un café. A côté de nous un grand black aux mains élégantes dessine des motifs géométriques sur un carnet quadrillé. Une future installation ? Je repense à Barthelemy Toguo et à la Biennale de Dakar.

Nous passons une première journée studieuse à arpenter méthodiquement les allées. Nous documentons notre parcours à l’aide de notes et de photos. Au rez-de-chaussée, les grandes galeries, les incontournables, les institutions. La plus belle sera pour moi la galerie Karsten Greve. Je me sens à l’aise avec nombre des artistes présentés, des références pour moi : Louise Bourgeois, Cy Twombly. J’y découvre Gotthaard Graubner et ses toiles boursouflées aux nuances raffinées, Paco Knöller et des tôles de John Chamberlain (beaucoup d’autres sur la foire). Je passe assez rapidement devant les monstres sacrés, des galeries présentant exclusivement des artistes majeurs. Il est toujours plaisant de voir de la bonne peinture, mais je cherche autre chose. Chez Richard Gray, je retiendrais néanmoins une petite merveille, un bouquet de fleurs de Giacometti, ainsi que des œuvres parmi les premières de Christo, des devantures de boutiques dont il occulte les vitres avec un tissu.

Louise Bourgeois

Louise Bourgeois, galerie Karsten Grève.

Au second étage, des galeries moins établies bien que déjà reconnues pour la plupart (on n’est pas sélectionné à Bâle par hasard). C’est là que l’on trouvera Kammel Menour, la galerie Obadia, ou la galerie Perrotin.

Je fais quelques rencontres intéressantes pour ma pratique : Sterling Ruby à la galerie Pace (des cartons ondulés portant des tâches et des empreintes de pied, et toujours une petite photo in situ d’un chantier de fouille), les collections de céramiques d’Edmund de Waal au New Art Center, les broderies de Ghada Amer, une drôle d’installation textile d’Anne Chu, une aquarelle de Dave Muller (des tranches de bouquins), beau stand en déclinaison de molletons rouges à la galerie Noero qui me fait un très bon effet, installation sur Art unlimited et plusieurs dessins sur les stands de Jorinde Voigt dont les recherches graphiques autour de l’enregistrement et le rendu d’une perception sont extrêmement intéressants… j’ai glané là des sources d’inspirations.

stand

Samedi. Je suis un peu remise de mes émotions de la veille et de ma perte de repères initiale. Le livre de Nathalie Guiot Collectionneurs que j’ai commencé à lire est une aide précieuse et savoureuse. La journaliste et éditrice s’accorde avec mes colères et mes convictions profondes. Je relativise les incohérences du monde de l’art, ses excès, caprices, excentricités, dérives, déshérences, et autres éléments de décrépitudes qui signent les vides d’une vie où l’art de diverses manières voudrait redonner du sens. Ce qui m’agace le plus : la relation irrationnelle entre les prix et la qualité réelle du travail.

Enfin pourrais-je dire "Bâle, j’y étais !"

Stand de la galerie Noero.

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