Antoine Emaz, le verbe sinon rien.

La poésie d’Antoine Emaz.

En decà

(Antoine Emaz est né en 1955, il vit à Angers où il enseigne au collège).

Par hasard, j’ai commencé par Caisse Claire. Ce qu’il y a d’heureux lorsque l’on aborde un auteur qui a déjà beaucoup publié, c’est qu’un sentiment rassurant vous accompagne, celui que sa langue ne vous manquera pas immédiatement.

sol imbibé

eau épaissie du pourrissement continuel de plantes

sombres

Une angoisse tout de même m’est venue : avais-je commencé par le bon bout ? Et avec quel autre recueil poursuivre ? Devrais-je privilégier un abord chronologique ou me fier à mon instinct, c'est-à-dire céder à la puissante d’un mot, d’un titre ? Rapidement, je rejetais l’abord chronologique qui ne me semblait pas correspondre à un chemin poétique.

Ecrire, comme si quelque chose devait se jouer un

jour ou l’autre à cet endroit.

Souvent, lorsque je lis de la poésie, je le fais par petites gorgées, un poème à la fois ou même moins si la langue est par trop opaque. Préférant relire et répéter à haute voix une strophe, plusieurs fois, pour bien la mâcher.

On pose les mots sur la table comme de petites masses de terre molle

mots-choses

chair-mémoire

La première nuit, la chambre donnant sur le jardin, la lune presque pleine, je lus jusqu’à deux heures du matin.

rien n’a bougé

sauf dans l’œil

Le second soir, il pleuvait. Depuis mon lit allongée, j’entendais le bruit de la pluie sur les feuillages du jardin. J’avais hâte de m’enfouir à nouveau dans l’épaisseur du verbe. De m’y noyer encore pour mieux respirer, débarrassée d’impuretés invisibles, grattées à la pierre ponce du texte.

La poésie et la peinture peuvent avoir ce point commun d’aborder la réalité en la régénérant par un langage neuf. Le vocabulaire est connu, mais les mots semblent plus vifs ; Comme si on les éprouvaient pour la première fois. 

Le rythme de la lecture était rude. Je m’arrêtais souvent pour dire une séquence à voix haute, pour relire un mot ou tout un paragraphe, ou rechercher quelques pages plus haut un mot, le même, résonnant, résurgent. Et ma respiration se calait sur ces rythmes. Epreuve assez physique finalement pour une lecture.

Second soir ; Les heures à nouveau avaient passées sans faire de bruit.

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