Alexandre Hollan à Chambord

Visite au Château de Chambord de l’exposition consacrée à Alexandre Hollan.

La visite commence par de grandes toiles présentant le motif cher à l’artiste : des arbres. Le noir s’impose rapidement comme la couleur dominante. Au second étage du château l’exposition semble un peu à l’écart de la foule cosmopolite et internationale qui se presse dans la célèbre demeure de François premier.

Hollan à Chambord


Hollan à Chambord - Ocre bleuDes grands formats, à la graphie si particulière, on passe à des œuvres plus subtiles, des petits formats, des fusains, des natures mortes. Les noirs absolus semblent servir de poutres maitresses, à l’équilibre d’autres couleurs : une toile rouge, le bleu-vert d’une écorce qui se dilue à la périphérie d’un dessin, une magnifique toile ocre où un ocre-bleu (je viens d’inventer ce terme pour l’occasion) laisse apparaitre à la marge du jaune citron. C’est magistral. Mais ça ne tient si bien que grâce à la profondeur du noir qui occupe la majorité des toiles autour.

Les natures mortes appelée « vies silencieuses » sont magnifiques. Elles empruntent un chemin où la matière peinte (sujet) devient matière à peindre (médium) en une absolue métamorphose. Je ne peux m’empêcher de penser aux couleurs sourdes et à la sobriété de Morandi, bien que les objets occupent plus d’espace, semblant dilater la surface peinte. Ce n’est sans doute pas un hasard si Hollan s’est vu offrir une exposition en 2011 au Musée Morandi de Bologne.  

Hollan à Chambord - Vie silencieuseDans une salle plus intime, baignée dans la pénombre, nous est présenté un dessin à l’acrylique accompagné d’une vidéo montrant Alexandre Hollan peignant ce même dessin, sur le motif. On le voit s’avancer dans la nature, son carton à dessin sous le bras ; il en sort deux feuilles de papier, en vérifie le grain, s’assied dans l’herbe, prépare son matériel (casserole, eau, tube d’acrylique noir). Le carton à dessin qui lui sert de support doit être appuyé sur une grosse pierre. Puis le travail commence. La main du peintre est filmée en gros plan. On voit les premiers traits se former, le pinceau noir d’encre, la main s’abaisser, se relever, le geste se suspendre, l’attente… L’attente de la convergence entre le regard assidu porté sur le trait, puis l’arbre, puis le trait à nouveau ; ce trait qui est à la fois l’arbre et un morceau de peinture, c’est-à-dire une entité autonome avec sa vie propre, et ses lois. Mais qui se doit aussi d’incarner une branche d’arbre.  

Hollan à ChambordJe connais ces gestes. Le regard, en haut, en bas, l’attente, la convergence, la main qui reprend son geste. Pour autant je m’interroge. Voilà bien longtemps que je n’avais plus envisagé la possibilité de peindre sur le motif, en plein air. Il y a aussi la question du paysage et de la nature morte. Est-ce que ce sont encore des sujets contemporains ? Hollan a passé sa vie à tourner autour. Sa vie devenant d’ailleurs une ascèse autour de ces motifs. Peut-on encore imaginer une vie de peinture, organisée comme cela entre la nature et l’atelier, à l’instar d’une philosophie de vie essentielle et très simple ?

Jusqu’ici je me suis toujours dit que la contemporanéité nécessitait d’être fortement présent dans le monde. Pour légitimer mon propos, je reprends ici une phrase d’Antoni Tapies dans la Pratique de l’art : « Je conçois difficilement l’acte de création si on ne le fait pas dépendre à la fois d’un mouvement profond de l’être et des réactions aux circonstances – temporelles, géographiques, culturelles. »

Mais il faut croire qu’il est différentes sortes de créateurs. Certains empruntent les voies de l’art comme un chemin assez intérieur de méditation. Cette attitude me semble enviable dans une certaine mesure, car elle cherche à faire la paix avec son environnement proche, et dans le travail quotidien à poursuivre patiemment cette quête ténue. Mais le monde me semble tourner à une vitesse mille fois plus vertigineuse…

Alexandre Hollan à Chambord jusqu'au 1 septembre 2013, avec L'Expérience de Voir.

Alexandre Hollan est représenté par la Galerie Vieille du Temple.

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