Biennale di Venezia 2013 - Giardini

Giardini, samedi 9h30. Nous prenons un café en terrasse car la biennale n’ouvre qu’à 10h.

« La Belgique, c’est privé. » Tiens donc, je n’imaginais pas… Notre visite commence bien !

Lara Almarcegui

Maria Lassning Lynette

En Espagne, c’est un déferlement de gravats, un matériau pauvre qualifié d’émouvant par l’artiste Lara Almarcegui. 500m3 de gravats, 255 m3 de briques et de mortier, 152 m3 de ciment, 150m3 de graviers, 1m3 de tuile, du sable, du verre, de l’acier forment ces entassements… ça sent la poussière. Minéral

A l’intérieur du pavillon central, performance entre une voix type beatbox et une danseuse. Tous deux sont assis par terre. Les sons que l’homme parvient à produire sont assez hallucinants. J’ignore s’ils ont été conviés à se produire ou s’il s’agit d’une intervention spontanée. Réjouissant

Je poursuis ma route. Peintures aux couleurs étonnamment acidulées de Maria Lassning. Sous l’œil pétillant de son cochon d’inde...

Noir sur noir. Ainsi se présentent les peintures de Lynette Yiadom-Baakye, une jeune artiste d’origine ghanéenne. Des portraits, on en a tous vu. La délicatesse de ces peintures à l’huile de facture presque classique et leur force aussi, tient à la difficile profondeur des couleurs sombres, des bruns, des bleus, des noirs, de l’ombre du décor et des arrières plans, mais aussi de la peau sombre des personnages, nous rappelant que la grande peinture n’a pas beaucoup donné forme à des vénus noires. Voilà chose faite.  

CordierAutre morceau de peinture : la mer du nord vue par l’artiste belge Thierry de Cordier.

Et plus loin, une tentative somme toute assez proche, la couleur du ciel du nord que Klaus Peter Brehmer retranscrit heure par heure sur papier millimétré. L’humeur du ciel donne ainsi lieu à une succession de touches colorées qui parlent autant du paysage, de son étude attentive que du temps qui passe. Poétique

Pavillon finlandais. Chaque geste a son utilité, chaque chose sa place. Ces tentatives, énumérées au fil des images par l’artiste Antti Laitinien (vidéo et photographies) témoignent d’une volonté quasi scientifique de mesurer le monde à l’aulne de ses bras, d’en évaluer le poids, la résistance, la surface… Exemples.

Tree reconstruction 2013, vidéo dans laquelle on voit un homme abattre un arbre à la hâche, le débiter en morceaux puis le réassembler à l’aide de gros clous. On retrouve ces mêmes arbres à proximité du pavillon.

finlande Sarah Sze Sarah Sze

It’s my Island VII 2007 vidéo constituée de trois séquences projetées coude à coude présentant différents temps de l’édification d’une île par l’artiste, déplaçant et empilant de gros cailloux.

Lake deconstruction 2011 photographie d’un lac gelé, d’où l’artiste extrait des briques dont il se sert pour édifier un mur. Rigoureux

A quelques pas de là, le pavillon américain reçoit le travail joyeux et prolifique de Sarah Sze. Là encore, on pourrait parler d’un travail quasi scientifique, mais dans une tentative expérimentale et abstraite. Il s’agit plus d’empiler jusqu’au point de chute, de percer pour reccueillir la sciure, de tendre des câbles sur des poulies pour le plaisir de tendre des fils colorés, de disperser de l’énergie, donnant l’illusion d’une chaine de production. Résolument ludique

Pavillon de la Roumanie. Nous pénétrons dans un vaste espace vide.

Où que se perdent nos yeux, les murs sont blancs, et l’espace vacant. Il faut un moment pour admettre que les déambulations des deux êtres présents ne doivent rien au hasard ; ils performent. L’homme finit par s’agenouiller, plaque son oreille gauche contre le sol de marbre et lance dans l’espace vibrant d’un grand silence, un cri qui résonne dans les basses : « RO-MANIA ». On s’attarde un peu, par respect pour les artistes… Courageux

Pavillon australien, à ciel ouvert.

Simryn Gill Ai Weiwei

Une grande série de dessins très délicats de Simryn Gill, comme un vol de papillons ou de feuilles portées par le vent, est offerte à l’action du vent, du soleil et de la pluie, le temps de la biennale.

Et aussi une collection d’anneaux, bagues glanées au cours de déambulations qui donnent naissance à des compositions abstraites ou à des semblants de bijoux ethniques lorsqu’on les enfile sur un câble d’acier. Délicat

Citons aussi une installation de Ai Weiwei au pavillon allemand, constituée de tabourets empilés. L’architecture ainsi constituée grimpe jusqu’à la verrière. Acrobatique

Au pavillon français, Anri Sala présente Ravel, Unravel, une mise en scène autour du concerto pour la main gauche de Maurice Ravel. Si la sonorisation du site et l’écoute du concerto ravit les mélomanes, je me pose pour ma part la question du rôle de l’artiste et de ses choix dans ce travail. Car j’ai plus l’impression d’être le jouet d’un scénographe que d’un plasticien. Et sui-je venue pour cela ? La transversalité des pratiques a sans doute des limites… Musical

Merveilleux Giardini, il faisait bon déambuler sous les feuillages…

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