Biennale di Venezia 2013 - Arsenale

Arsenale, samedi 14h.

Premier espace d’exposition, je croise une pièce que j’ai déjà vue en photo dans divers articles consacrés à la Biennale. Ca ressemble à un vestige corsaire trop longtemps englouti, à une concrétion minérale ou à une pièce pillée au temple d’Angkor… et bien sûr, ce n’est rien de tout cela. Belinda est le titre de cette sculpture, dernière née des technologies d’impression 3D imaginée par Roberto Cuoghi. Impressionnant

Roberto Cuoghi Hans Josephsohn Phillida Barlow

Dans la salle voisine, le travail de Hans Josephsohn lui fait echo. Ce sont des sculptures à la limite de la figuration, des masses de glaises qui évoquent des bustes, des masses corporelles proches de la statuaire cycladique ou des pierres levées d’avant que ne débute l’Histoire de nos civilisations. On voudrait les embrasser, je veux dire les enserrer comme on le fait d’un tronc d’arbre pour y puiser une énergie vitale. Fondamental

Plus loin, et comme émergeant de l’ombre de l’antre du dragon, trois pièces de Phillida Barlow (Untitled 2012) défient l’apesanteur. Accumulations de matériaux et objets incongrus, voir de déchets, ces masses épaisses lévitent à quelques dizaines de centimètres du sol. Je suis pour ma part séduite par ce chant barbare. Brutal

La pénombre de la corderie baigne le travail de Danh Vo, artiste d’origine vietnamienne. Les vestiges d’un temple bouddhique remonté pour l’occasion cotoie des tentures sans doute récupérées dans une église orthodoxe. On y voit l’empreinte passée d’icones, de candélabres, des polyptiques… Mystique

Danh Vo Petrit Halilaj Pavillon de l'Indonésie

Nous visitons ensuite les pavillons dédiés. Alfredo Jaar pour le Chili nous invite à gravir quelques marches jusqu’au sommet d’une estrade. Avant de voir ce qui accapare l’attention du public, je repère un reflet aquatique au plafond. En haut, la foule se presse autour d’un bassin. Fascination pour une eau verte saumatre mais inodore. Opaque

Belle rencontre au pavillon du Kosovo. Petrit Halilaj y a érigé une sorte de cabane faite de fins branchages assemblés par de la boue. L’ensemble est d’un abord très sombre, si ce n’est la lumière dorée qui irradie au ras du sol. Le spectateur est invité à y pénétrer, et par un fin hublot, il pourra apercevoir une sorte de paysage, beaucoup plus lumineux. Chamanique

Pavillon de l’Indonésie : les bancs calcinés d’une école sur lesquels s’ouvrent des livres d’une épaisseur hors norme, l’alignement monotone de poteries en terre cuite, et un théâtre de marionnettes traditionnelles en papier. Dépaysant

Au pavillon Turque, une série de vidéos se proposent de mettre à l’épreuve la résistance du corps. Un calligraphe y voisine un tatoueur, le bruit du dermographe devient vite insupportable, le son de la souffrance. Dérangeant

Pavillon de la Lettonie, un arbre suspendu la tête en bas se balance régulièrement. Au gré de cet incessant mouvement, l’arbre a perdu des morceaux de branches et d’écorce. Ces scories restent immobiles, collées au sol. Hypnotisant

Laurence CarrollAu pavillon du Vatican, je fais une ultime rencontre avec l’artiste Laurence Carroll. Sa peinture se compose de morceaux de toile cousus, enduits et tendus sur châssis. La surface délicatement colorée forme comme une peau brillante. La subtilité de cette peinture tient à sa délicate matérialité, à l’économie de moyens (on pense au silence de la peinture de Morandi, auquel l’artiste a d’ailleurs rendu hommage) mais aussi à sa présence incontestable, car ce sont des toiles lourdes et monumentales. Essentiel

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