Alechinsky au Musée de l'Hospice St Roch

Il y a des lieux en Province qui mériteraient d’être mieux connus. Le musée de l’Hospice St Roch à Issoudun en fait partie. De grands artistes, notamment de la seconde moitié du vingtième siècle, tels Zao Wou Ki, Jean-Pierre Pincemin, Etienne Martin, François Arnal y ont été récemment exposés. Chaque exposition est présentée avec sérieux et témoigne souvent d’un réel engagement du musée auprès des artistes.Fata

Jusqu’au 18 septembre 2011, le musée de l’Hospice St Roch présente le travail de collaboration entre Pierre Alechinsky et les éditions Fata Morgana. Il ne faudra pas manquer d’acheter le catalogue de l’exposition, qui permettra de prendre toute la mesure du lien qui unit la peinture d’Alechinsky et le monde de l’écriture, notamment de la poésie. J’y emprunte cette phrase formidable sur « les rapports entre peinture et écriture, comme l’envers et l’endroit, le lisible et l’illisible ». Au long de l’exposition, on croisera de nombreux dessins, eaux-fortes, estampes, lithographies et quelques toiles (plus exactement grands papiers marouflés sur toile). On baigne donc en plein dans l’univers d’Alechinsky, univers d’encre et de papiers (j’insiste sur ce pluriel), univers où le trait laisse respirer la couleur ou son absence.

merQuand on aime Alechinsky, on voudrait se souvenir de tout, ses arabesques forcément nous emportent… j’ai particulièrement aimé les paysages de mer : les vagues, les oscillations, la fumée d'un navire qui se perd au ciel, la pluie qui rejoint la mer, toute cette eau qui se mêle à l’encre, quand même le bord du dessin tremble, c’est la houle…

A noter également une sculpture qui accueille le visiteur à l’entrée de l’exposition. Je n’avais encore pas rencontré de sculpture d’Alechinsky. Elle ressemblait à ses chimères ; pour moi, à la fois curieuse et totalement familière.

Petit lexique :

gravure : ensemble des techniques utilisées dans le domaine des arts pour la reprographie, notamment par incision du support (bois, plaque de cuivre…).

lithographie : procédé de gravure qui utilise une pierre. Le tracé est exécuté directement sur une pierre à l’aide de stylo ou encre lithographique. La pierre est ensuite imprégnée d’eau, puis l’on dépose une encre grasse à l’aide d’un rouleau. L’encre reste sur la pierre uniquement aux endroits imprégnés du gras du dessin. On effectue un passage par teinte.

eau-forte : procédé de gravure sur une plaque métallique à l'aide d'un mordant chimique. Cet acide (acide nitrique à l’origine), étendu d’eau est appelé eau-forte. L'eau-forte est un procédé de taille indirect par morsure du métal par un acide, par opposition à ceux obtenus par taille directe à l'aide d'outils tels burin ou pointe sèche. Sur la plaque de métal préalablement recouverte d’un vernis à graver, l'artiste dessine son motif à la pointe métallique. La plaque est ensuite placée dans un bain d’acide qui "mord" les zones à découvert et laisse intactes les parties protégées. Après nettoyage du vernis, la plaque est encrée et mise sous presse.

estampe : résultat de l’impression d’une gravure sur bois ou sur métal, ou d'un dessin sur pierre. Le terme inclut la gravure traditionnelle et toutes les réalisations obtenues par quelque élément imprimant pourvu que ce dernier ait été préparé manuellement. Une estampe «originale » est celle dont la plaque a été réalisée par l’artiste.

mer noire, papier marouflé sur toile

Contrechamps

François ArnalJe suis de ceux pour qui l’art est une question de SURvie. C’est aussi la première phrase qui me vient à la bouche quand je vois la vitalité de François Arnal, 87 ans, dans son travail quotidien à l’atelier et ses projets et notamment cette collaboration récente avec Christophe Goutal.

Contrechamps, est l’aventure conjointe de François Arnal et Christophe Goutal, qui se donne à voir sous forme de sept tableaux à la galerie Exit à Boulogne. Ces deux-là se connaissaient. Christophe Goutal travaillait déjà avec la galerie Exit quand il propose il y a quelques mois une collaboration avec Arnal. Ce sera alors trois mois de rendez-vous, toujours le dimanche, à peintre sur des plaques de plexi retenues par un étau. Les artistes se font face, interviennent l’un avec l’autre, l’un sur l’autre, l’un contre l’autre avec l’énergie, la liberté et le plaisir de peindre qui les caractérise tout deux. Car si quarante ans les séparent, ils se rejoignent sans effort sur un terrain commun : celui de la liberté.

Je connaissais le travail de François Arnal, moins celui de Christophe Goutal. Aussi ai-je cherché quel langage ils avaient en commun. Quel lien formel ou quel discours pouvait unir François Arnal qui a traversé comme un météore l’histoire de l’art de la seconde moitié du vingtième siècle (abstraction lyrique, art informel, nouveau réalisme) et Christophe Goutal sorte d’alchimiste, dont les œuvres protéiformes se jouent des médiums et des conventions.

Christophe GoutalC’est en contemplant la peinture de Christophe Goutal que la réponse à mes interrogations m’est venue, en toute évidence. Ce n’est certes pas ce qu’il montre au premier abord, notre époque empruntant plus volontiers d’autres formes d’expressions ; pour autant c’est la partie de son œuvre, dénuée de cynisme et de provocation, que je préfère.

J’imagine alors sans mal ce que les deux ont du trouver, de jubilation commune, à répandre leurs signes. Leur écriture est à la fois un jeu, une exploration, un questionnement, un plaisir partagé. Le langage est abstrait, mais pour qui sait s’abandonner à la musicalité des signes, ils égrènent un monde positif et en mouvement. Un intense sentiment de liberté se partage d’œuvre en œuvre. Ce type de peinture ne se comprend pas, il se ressent et se rencontre. C’est un voyage incertain, sans destination ni date de retour. Il faut accepter de perdre ses repères et de se laisser porter. Ainsi entre-t-on dans la contemplation, le plaisir esthétique pur.

dimancheEt le travail à 4 mains, ne fait que renforcer ce sentiment de vie, d’aventure. Les artistes ont également fait le choix, avec la galerie, de présenter les œuvres, telles qu’elles avaient été travaillées : prises dans un étau. J’aime beaucoup ce choix ludique qui résonne encore du travail à l’atelier. C’est un beau clin d’œil et une présentation originale qui permet de profiter pleinement de la transparence du support.

L’exposition est présentée à la Galerie Exit jusqu’au 23 Juillet. Il ne faudra donc pas tarder. Mais la collaboration des deux artistes va se poursuivre, et l’on devrait pouvoir retrouver ce travail sur le stand de la galerie au Chic art Fair à l’automne.

Photos : courtoisie de la galerie Exit.

Art Basel 42.

A peine descendue du train qu’il y a déjà trop de choses à regarder. J’ai les yeux et la tête perdus. J’observe des accessoires surtout qui font les personnages : écharpes, sacs, chaussures, lunettes, carnets… C’est une science du détail : mocassins rouges cloutés à ma droite, sac en toile éculée sur un costume impeccable à ma gauche, ou encore bonnet de laine qui, si l’on était pas au café du Swiss Plaza, le ferait passer pour un clochard. Ici aussi tout le monde dessine, note, griffonne. En marge des dernières technologies Iphone, Ipad, le papier conserve une aura certaine. Ecrire semble être le must du dress code.

Jorinde Voigdt, Art unlimited, 308 Views.

art unlimited

La foire ouvre à 11h. En attendant, nous prenons un café. A côté de nous un grand black aux mains élégantes dessine des motifs géométriques sur un carnet quadrillé. Une future installation ? Je repense à Barthelemy Toguo et à la Biennale de Dakar.

Nous passons une première journée studieuse à arpenter méthodiquement les allées. Nous documentons notre parcours à l’aide de notes et de photos. Au rez-de-chaussée, les grandes galeries, les incontournables, les institutions. La plus belle sera pour moi la galerie Karsten Greve. Je me sens à l’aise avec nombre des artistes présentés, des références pour moi : Louise Bourgeois, Cy Twombly. J’y découvre Gotthaard Graubner et ses toiles boursouflées aux nuances raffinées, Paco Knöller et des tôles de John Chamberlain (beaucoup d’autres sur la foire). Je passe assez rapidement devant les monstres sacrés, des galeries présentant exclusivement des artistes majeurs. Il est toujours plaisant de voir de la bonne peinture, mais je cherche autre chose. Chez Richard Gray, je retiendrais néanmoins une petite merveille, un bouquet de fleurs de Giacometti, ainsi que des œuvres parmi les premières de Christo, des devantures de boutiques dont il occulte les vitres avec un tissu.

Louise Bourgeois

Louise Bourgeois, galerie Karsten Grève.

Au second étage, des galeries moins établies bien que déjà reconnues pour la plupart (on n’est pas sélectionné à Bâle par hasard). C’est là que l’on trouvera Kammel Menour, la galerie Obadia, ou la galerie Perrotin.

Je fais quelques rencontres intéressantes pour ma pratique : Sterling Ruby à la galerie Pace (des cartons ondulés portant des tâches et des empreintes de pied, et toujours une petite photo in situ d’un chantier de fouille), les collections de céramiques d’Edmund de Waal au New Art Center, les broderies de Ghada Amer, une drôle d’installation textile d’Anne Chu, une aquarelle de Dave Muller (des tranches de bouquins), beau stand en déclinaison de molletons rouges à la galerie Noero qui me fait un très bon effet, installation sur Art unlimited et plusieurs dessins sur les stands de Jorinde Voigt dont les recherches graphiques autour de l’enregistrement et le rendu d’une perception sont extrêmement intéressants… j’ai glané là des sources d’inspirations.

stand

Samedi. Je suis un peu remise de mes émotions de la veille et de ma perte de repères initiale. Le livre de Nathalie Guiot Collectionneurs que j’ai commencé à lire est une aide précieuse et savoureuse. La journaliste et éditrice s’accorde avec mes colères et mes convictions profondes. Je relativise les incohérences du monde de l’art, ses excès, caprices, excentricités, dérives, déshérences, et autres éléments de décrépitudes qui signent les vides d’une vie où l’art de diverses manières voudrait redonner du sens. Ce qui m’agace le plus : la relation irrationnelle entre les prix et la qualité réelle du travail.

Enfin pourrais-je dire "Bâle, j’y étais !"

Stand de la galerie Noero.

Plus d'images sur la page facebook aux arts etc.

Françoise Petrovicth

En feuilletant le catalogue Hong Kong International Art Fair que ma gentille maman m'a ramené, je tombe sur des dessins de Louise Bourgeois réalisés en 2007 (galerie Hauser et Wirth, Zurich) que je ne connaissais pas. Ils me font immédiatement penser à ceux de Françoise Petrovitch. Leurs points communs : la solubilité du trait et un usage féminin de la couleur rouge. L'une et l'autre ont elles connaissance de leur travail réciproque?

comparaison

L'occasion de vous informer que Françoise Petrovitch est exposée en ce moment à la galerie RX d'Ivry sur Seine jusqu'au 16 juillet, et qu'elle sera présentée en Septembre au musée de la chasse et de la nature.

Rina Banerjee of course!

Une affiche du musée Guimet pour l’exposition solo de Rina Banerjee Chimère de l’Inde et de l’occident retient mon attention. On y voit un drôle de fauteuil nanti d’une sorte de trompe en tissu-dentelle. L’objet m’interpelle et me semble à la fois familier sans que je ne l’ai pourtant jamais vu.affiche

C’est décidé j’irai voir cette exposition.

Rina Banerjee est née en Inde à Calcutta en 1963. Enfant, elle émigre avec sa famille, d’abord à Londres puis aux Etats-Unis. Elle est ingénieur en chimie des polymères et également diplômée en 1995 de la Yale University School of Art où elle est remarquée pour ses dessins. (Je souris bien sûr de ce cursus un peu atypique). En 2001, elle participe à la Whitney Biennal et poursuit depuis une carrière internationale.

Rina s’illutre notamment dans la pratique du dessin et de l’installation. Ses oeuvres sont à la fois séduisantes, colorées et organiques. Elle n’hésite pas à mêler des éléments naturels (plumes, fleurs, fibres végétales) à d’autres objets manufacturés, des plastiques de toute sorte notamment. Ce sont souvent des objets trouvés ou récupérés. Ses œuvres empruntent à l’iconographie et à la mythologie de sa culture natale. L’artiste reconnait d’ailleurs volontiers cette appartenance. Elle interroge aussi l’étranger, le domestique, l’exotique, refusant finalement d’accepter pleinement sa situation. L’hybridité qui caractérise ses œuvres est surprenante. Les objets sont à la fois fort différents et harmonieux, c’est une élégante cacophonie, sous laquelle je n’ai aucun mal à comprendre son identité si bien résumée par le titre de l’exposition Une chimère de l’Inde et de l’Occident.

Au fil des images glanées, j’ai reconnu cette installation qui m’avait tant séduite l’été passé aux abattoirs de Toulouse, que j’avais longtemps contemplée et photographiée. Rina Banerjee, of course !

Rina

http://rinabanerjee.com/home.html

Pietro Ruffo

La galerie Di Meo reçoit Pietro Ruffo pour sa première exposition en France. C’est aussi le plus jeune artiste de la galerie.

Les œuvres présentées à la Galerie Di Meo du 25 mars au 28 mai 2011 sont plus particulièrement issues de deux séries : les Flags, dessins sur cartes de géographie, et de grands dessins de la série Liberty.

Pietro Ruffo est né à Rome en 1978, il y a étudié l’architecture avant de se tourner définitivement vers l’art contemporain. Son travail composite mêle dessins, cartes, photos et installations. Il témoigne d’un réel engagement politique, d’une sensibilité aigue pour l’espace et en particulier pour l’espace perspectif qui tient sans doute à sa formation d’architecte. On retrouve également un souci de compréhension du monde, et d’évaluation de ses mutations actuelles.

La série Geologia umana par exemple juxtapose des photos satellites à des éléments minéraux ou végétaux. Ces cartes sont conçues comme des territoires abstraits, elles questionnent la notion d’échelle et renvoient à un certain état de perception et de compréhension du monde actuel. De telles vues satellites nous sont désormais familières et accessibles. La question est de savoir ce que nous en faisons et ce que cela nous apporte d’y avoir accès. Pietro Ruffo, lui en fait une question de cosmogonie.

Sans titre 12.11Sans titre 12.11
Crayon et papier découpé
290 x 245 cm
2010

La série Liberty m’émeut plus particulièrement. Le support est composé de feuilles de papier épinglées côte à côte. L’image représente une forêt, telle qu’on la percevrait allongé par terre et regardant la cime des arbres. Ces représentations sont particulièrement poétiques. Elles évoquent pour moi l’idée de la sauvegarde d’un patrimoine végétal. Elles témoignent aussi d’une autre échelle de temps ; un temps où l’on prendrait la peine de s’attarder pour percevoir le monde, dans une attitude peut-être un peu rêveuse. A la surface des dessins, des silouhettes d’insectes ont été prélevées et ré-épinglées, ce qui élève encore le niveau de complexité de l’oeuvre. Enfin j’aime dans cette série le travail d’encadrement et les formats éclatés des œuvres, qui font preuve d’une grande liberté.

Claire Di Meo m’apporte quelques précisions. Chaque œuvre de la série Liberty a été réalisée à partir d’un endroit spécifique : forêt toscane, arbres de Central Park ou du Parc Monceau à Paris. Le format original du dessin reprend l’assemblage des centaines de photographies des cimes prises sur les lieux. Les libellules finement découpées apportent un deuxième niveau de lecture. Pietro Ruffo s’inspire du travail du philosophe Isaiah Berlin, et notamment des questions de liberté négative et positive. La libellule, seul insecte à pouvoir se diriger rapidement et sans contrainte grâce à ses quatre ailes, symbolise alors la liberté. Cependant les insectes convergent tous vers le centre de l’œuvre, illustrant la notion de liberté négative.

Chaque grand dessin au crayon à papier, possède son pendant dans une forme similaire mais en plus petit format à l’encre de chine.Sans titre 4.10


Sans titre 4.10
Encre de Chine et papier découpé
133 x 117 cm
2011

Je découvre à l’occasion de cette exposition, un jeune artiste de la scène italienne contemporaine. Et déjà, j’aime passionnément son travail et la cohérence entre discours et mise en forme.

Commentaires et photos m’ont été très aimablement adressés par la Galerie Di Meo.

http://www.dimeo.fr/

Drawing now!

Vendredi dernier était une journée parisienne. Une journée réservée pour moi à la visite du salon du dessin contemporain. Moral au beau fixe, de la couleur du ciel. De la gare Montparnasse au Louvre, je vais à pied.

Dans les sous-sols du Louvre, je double une longue file d’attente. Heureusement, ces individus sont en station devant la boutique Apple qui commercialise un nouvel I-pad. Vague haussement d’épaules de ma part.

Côté salon du dessin, la voie est libre. J’achète mon billet et le catalogue (montant total 20 euros) et choisis d’aller d’abord déjeuner et feuilleter le catalogue. J’ai préparé ma visite et sélectionné les galeries qui présentent des artistes que je connais et affectionne, et celles dont la présentation sur internet m’a interpellé. Sur le plan, je repère mes préférences. Précautions préalables peut-être inutiles car la visite s’avère aisée. Les galeries se montrent plutôt disponibles et le niveau est très bon : travaux de qualité, bon goût et sérieux. Le dessin contemporain semble plus raisonnable que le monde de l’art en général?

Côté galeries, j’apprécie l’attention réservée aux clients et même aux simples curieux. Je remercierais plus particulièrement pour leur accueil Bernard Vidal (galerie Vidal-Saint Phalle), Christine Phal (galerie du même nom) et la galerie AL/MA (Montpellier).

Au détour d’une cimaise, j’aperçois deux dessins de Pizzi Cannela (délicatesse d’un lustre dans le sfumato d’un dessin au fusain). Je complimente Bernard Vidal pour la préface d’Almanacco que j’ai déjà lu sur le blog de la galerie. Il est ravi et la conversation s’engage autour du travail de Pizzi. Il aime passionnément son artiste. C’est l’occasion de voir de près deux autres dessins plus petits qu’il sort de sa réserve : la perspective d’une ville (romaine dirais-je, mais je n’en sais rien en fait. Avec un passé en tout cas, vu la silhouette des monuments et méditerranéenne aussi) avec une volée d’oiseaux noirs au premier plan et aussi un autre avec des coquillages dans les tons rouge-saumonés. Des traces de rouge se retrouvent dans l’ocre du fond, quelque chose de très délicat. J’aime particulièrement la matière des coquillages de celui-ci. Merci Monsieur Vidal pour la générosité de vos propos et de votre attitude.

Belle rencontre aussi à la galerie Christine Phal qui est à l’origine de la création du salon. Chez elle, je découvre de jeunes artistes et notamment Gaël Davrinche qui présente trois grandes fleurs à la limite de la pamoison sur un fond blanc immaculé. L’artiste est présent et nous échangeons quelques mots. Il me parle de ses travaux antérieurs, 101 George Washington sur des fonds divers et aussi un travail de dessins pour l’illustration d’un texte de Beatrix Beck aux éditions du Chemin de fer.

La galerie AL/MA (Montpellier) me réserve aussi un très bon accueil. La ligne de la galerie est tournée vers l’abstraction, toutes générations confondues : Janos Ber (Budapest 1937) qui travaille entre la ligne et la couleur, Didier Demozay (1950)qui confronte des aplats colorés ou encore les trajectoires d’Olivier Filippi distingué en 2007 par le prix de peinture de la ville de Vitry. Il est difficile pour moi de parler d’abstraction pure, qui n’est pas un domaine pour lequel je suis très sensible, pour autant les choix de la galerie AL/MA me semblent justes et j’irai volontiers rendre visite à la galerie.

dessinCôté artistes, je suis restée longtemps devant une grande peinture d’Emmanuel Barcillon (galerie Dukan et Hourdequin). Sur le stand de la galerie Ditesheim, j’ai découvert Rolf Iseli, qui me rappelle Anselm Kiefer par ses matières poudreuses et sableuses ; ses tons telluriques et mettaliques. Sur la scène allemande, c’est pourtant lui l’ainé (77 ans). Enfin à la galerie Charlotte Norberg, Juliette Jouannais en personne me fait les honneurs de ses travaux, découpages organiques et féminins. J’acquiers un exemplaire de sa première sérigraphie. Je suis encore ravie d’avoir vu les impressions numériques de Vincent Mauger (dessin ci-contre) sur le stand de la galerie Bertrand Grimont et aussi deux dessins d’Alexöne à la galerie LJ « ils seront livrés encadrés, mais l’artiste nous les a porté il y a deux jours, alors nous n’avons pas eu le temps». Ah ces artistes !

En marge du salon Drawing now, petite visite à la galerie Pascaline Mulliez. J’y découvre le travail de Marie-Cécile Aptel. Ses grands formats explosent de couleurs. Elle travaille un geste spontanné dont la graphie n’est pas sans m’évoquer celle de Cy Twombly. La galeriste acquiesce dans un sourire. La spontanéité et l’inventivité de ce travail qui se renouvelle sans cesse, m’attirent. Je rentre chez moi avec une page recouverte de griffonnages et de gribouillages verts. Sous ma plume et plus généralement selon mes critères esthétiques, ces mots ont depuis longtemps cessé d’être péjoratifs.

Et maintenant, let’s draw en attendant l’année prochaine.

Je voudrais ajouter un mot pour conclure ; qu’il est fort agréable de pouvoir espérer acquérir des œuvres. Et que cette idée vous donne un tout autre regard qui vous fait passer du statut de simple admirateur, à celui plus enviable de jeune collectionneur. Pour donner une idée, les premiers prix démarrent autour de 500 euros. Et le plus haut que j’ai vu : un dessin original d’Alechinsky à la galerie Lelong pour 20 000 euros. Il était très beau...

Antoni Tapies

Antoni Tapies est un vieil homme de 87 ans. Je n’ai pas vu le temps passer.

J’ai encore en mémoire ma première rencontre avec l’œuvre de Tapies. Je devais avoir une quinzaine d’années ; la pauvreté et la matière de ses œuvres m’ont marqué pour toujours. Quand je dis pauvreté, c’est pour me demander comment on peut porter autant de sens, impressionner autant les âmes dans une grande économie de gestes. Des gestes qui ânonnent le monde.

Pierre Wat dans le texte qu’il livre dans le catalogue qui accompagne l’exposition à la Galerie Lelong des dernières œuvres de l’artiste, écrit que si un aveugle peignait, ses œuvres ressembleraient peut-être à celles de Tapies. Je suis également frappée par une photo de l’artiste devant une de ses toiles. Son ombre est devenue plus grande que lui. Pierre Wat : signe et matière, pour un aveugle, c’est la même chose. Depuis toujours, Tapies a renoncé à aborder les choses par la seule vue. Ce qu’il peint, par creusement, accumulation de scories, lacération, empreinte , etc a bien plus à voir avec ce que je nomme l’archéologie de la peinture, c'est-à-dire son pouvoir de mettre à jour non pas la surface des choses, mais ce qu’il y a en deçà.

Ardoise

Parmi les œuvres, j’ai retenu ce tableau qui ressemble à une ardoise d’écolier, avec son bord care clair et sa surface sombre. Dessus il y a des signes mathématiques qui ne veulent rien dire et d’autres signes effacés qui me font l’effet d’un paysage (une ligne de mer ou de crête avec la silhouette d’un arbre). Ce tableau me met un goût de sel dans la bouche. Les signes sérieux effacent le paysage. C’est pour moi l’illustration de l’éternel combat entre un monde scientifique prétendument sérieux et crédible de fait et un univers des arts moins tangible. Autre tableau : un rideau qu’on tire avec une clef. Ailleurs un grand point d’interrogation. Toutes ces œuvres qui se réduisent à une expression allant à l’essentiel, où les signes sont réduits à leur strict minimum, hors de toute préoccupation décorative, me renvoient une nouvelle fois au déterminisme de cette première fois, lorsque j’avais quinze ans.

C’est bon de se rappeler d’où l’on vient.

Nouvelles Peintures à la galerie Lelong du 3 février au 2 avril 2011
13 rue de Téhéran
75008 Paris.
Un catalogue Repères n°147 est à paraître avec un texte de Pierre Wat.

Meilleurs voeux

"La poésie est un dépassement et une affirmation ; dépassement du langage, dépassement du fait, affirmation objective qui agit sur le monde comme facteur de transformation et d'enrichissement." Tzara.

Que votre année 2011 soit ainsi pleine de poésie !!

voeux

David Hockney et ses bouquets de fleurs fraîches

Fleurs fraîches à la fondation Pierre Bergé jusqu'au 30 janvier 2011. Hockney

C’est dans la douce pénombre de deux uniques pièces que sont présentés près de 300 dessins de David Hockney réalisés et exposés sur Iphone et Ipad. Le concept est novateur et ne manque pas de surprendre.

La première spécificité réside dans le fait que l’outil de création et de médiation sont strictement identiques. Nous contemplons en tout point l’œuvre créée et voulue par Hockney.

Autre originalité, qui a surpris l’artiste lui-même, l’Ipad permet de regarder le dessin dans sa séquence de création. Pour la première fois donc, l’artiste a pu suivre et revivre son propre dessin en une étrange mise en abime.

Qu’apporte l’outil numérique au dessinateur ? Une luminosité incomparable d’abord ; qu’aucun support ou média jusqu’alors n’avait offert à l’artiste. En revanche, à regarder le défilement des séquences de dessin animé, je me rends compte que l’application Brushes ne révolutionne pas l’acte de dessiner. Le cerveau fonctionne comme à l’habitude avec ce nouvel outil.

Et qu’est-on venu voir avec autant d’enthousiasme et de bonheur? Rien de plus que des natures mortes ; La performance se limiterait-elle à la réinterprétation d’une éternelle partition classique revue à l’heure du numérique ?

Des natures mortes, sujet archi classique, usé sur les bancs de l’académie. Mais oui ! Et l’on s’en met plein les yeux, n’ayons pas peur de nos émotions. En fait ce qu’offre l’outil numérique, c’est le droit de savourer le dessin et la couleur avec délectation, parce que le support numérique nous dédoine d’un débat sur la modernité du sujet ! Monsieur Hockney, c’était brillant !

Pour la petit histoire, devant les quelques privilégiés qui étaient invités au vernissage (le lundi 18 octobre), Frédéric Mitterrand a nommé Monsieur David Hockney, jeune homme de 73 ans, Chevalier des Arts et des Lettres.

Au delà des oeuvres, la réelle innovation rédide dans les possibilités offertes par ce nouveau média en terme d'exposition. A la fondation Pierre Bergé, les Iphone et Ipad sont encore exposés sur le mur comme des tableaux. Mais l’on pourra imaginer d’autres formes de scénographie qui intégreraient encore mieux l’interface offerte par ces nouveaux outils.

Enfin, dernière révolution et non des moindre, qui va demander réflexion : quid du concept d’œuvre originale, et quid de la valeur de l’œuvre ? Le débat sur la reproductibilité de l’œuvre refait dangereusement surface. Monsieur Hockney lui, s’en amuse. Il est au dessus de cela et préfère inciter ses amis à s’équiper d’un Iphone ou d’un Ipad afin qu’ils puissent recevoir quotidiennement ses dernières créations.

Pour la petite histoire, David Hockney présentera ses travaux (peintures, dessins, photographies et vidéos récents) à la Royal Academy de Londres dans 18 mois.

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